Hébreux 11.32-12.4

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Lorsqu’il dirigeait Microsoft, Bill Gates a apparemment affirmé qu’il refusait d’embaucher quelqu’un qui a toujours tout réussi dans sa vie, expliquant qu’il ne pourrait pas savoir comment de telles personnes allaient réagir, face à un échec, s’il aurait la persévérance pour recommencer, et continuer jusqu’à réussir. Je pense qu’il a compris une vérité très importante. La véritable preuve du caractère, ce n’est pas la réussite, c’est le fait de persévérer jusqu’au bout, malgré les défaites et les échecs.

Soulignons également que la persévérance est l’une des leçons principales de la parabole du semeur, en Matt 13. Dans l’interprétation que Jésus donne de cette parabole, la semence, c’est la Parole de Dieu. Il y a un terrain – le chemin – où elle n’est pas reçue. Pour les trois autres terrains, la semence « prend ». Mais il n’y a qu’un seul terrain, le dernier, où la Parole arrive à produire du fruit. Pour les deux autres terrains, cela « pousse », mais disparaît, comme Jésus le souligne, par manque de persévérance face aux difficultés, et sans persévérance à cause des soucis et des séductions de ce monde. Ainsi, pendant un certain temps, trois des terrains sur les quatre se ressemblent – la Parole « pousse ». Mais un seul produit du fruit. Pour transposer l’image à notre propre contexte, les gens des trois terrains se disent chrétiens, ils participent à la vie de l’Église, etc. Mais seuls ceux du dernier terrain portent du fruit. Pourquoi ? Parce qu’ils « vont jusqu’au bout », en dépit des difficultés.

Nous savons que nous sommes sauvés par la grâce par le moyen de la foi, qu’il n’y a rien que nous puissions faire pour mériter ni obtenir le salut. Mais, en même temps, notre conversion n’est que le point de départ. Connaissez-vous des gens qui ont confessé le Seigneur à un moment donné, mais qui ont laissé tomber par la suite ? Dieu seul sait ce qu’il en est de leur salut – mais sur terre, pouvons-nous considérer que de telles personnes sont réellement chrétiennes ? Nous croyons ce qui s’appelle « la persévérance des saints » – c’est-à-dire, que tout véritable chrétien va non seulement confesser croire en Jésus, mais va aller jusqu’au bout (ce qui n’empêche pas, parfois de tomber). C’est ce que Jésus lui-même affirme, clairement, en Matt 10.22 : « Vous serez haïs de tous à cause de mon nom ; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé ».

Comment pouvons-nous être sûrs, nous, d’être dans la catégorie des « croyants véritables » ? L’auteur met le doigt sur le problème – et la solution – un peu plus tôt dans cette épître. Lisons Hébr 10.36 : « Vous avez en effet besoin de persévérance, afin qu’après avoir accompli la volonté de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis ». Ce verset souligne que ce ne sont pas tous ceux qui se disent chrétiens qui le sont réellement. Puis, même pour le chrétien véritable, tout comme le souligne l’apôtre Paul, il est possible de perdre notre récompense. Prenons le temps de lire le commentaire de Paul sur sa propre motivation à ce sujet, en 1 Cor 9.24-27 : « Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul reçoit le prix ? Courez de manière à l’obtenir. Tout lutteur s’impose toute espèce d’abstinences ; eux, pour recevoir une couronne corruptible, nous, pour une couronne incorruptible. Moi donc, je cours, mais non pas à l’aventure ; je donne des coups de poing, mais non pour battre l’air. Au contraire, je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d’être moi-même disqualifié ».

Nous voici, dans la même image que notre passage de ce matin : celle de la course (Hébr 12.1) : « Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée ». C’est tellement évident que cela peut sembler bête de le dire, mais pour gagner la course, il faut la terminer ! Ceux qui s’arrêtent en route ne sont pas comptés. J’ai appris, justement, que dans la plupart des marathons, s’il y a les prix pour les premiers arrivés, bien évidemment. Mais on comptabilise également les noms de tous ceux qui terminent la course – même si c’est bien des heures après l’arrivée du vainqueur. Mais il n’y aucune mention de ceux qui ont commencé, mais qui se sont arrêtés, avant de franchir la ligne d’arrivée.

Que nous dit le Seigneur, dans l’exhortation de ce passage ? L’idée essentielle, c’est justement celle d’aller jusqu’au bout, de franchir la ligne d’arrivée. Imaginons ce qui est justement une réalité spirituelle – chacun de nous est en train de courir, mais nous ne sommes pas seuls – il y a un stade bien plus grand que le stade de France, rempli de spectateurs – et ils nous regardant courir. Tous ceux qui nous ont précédés – la liste du chapitre 11 – sont là : Abel, Noé, Abraham et Sara, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, Samuel, David, Ésaïe, Jérémie, etc. Puis, tous les autres « héros » de la foi à travers les siècles, qui sont déjà avec le Seigneur, y compris nos proches. Dans ce verset, le mot « nuée », ce n’est pas celui qui signifie un nuage en particulier, c’est le mot qui est utilisé pour décrire la masse nuageuse qui couvre tout le ciel ! Le stade céleste dans lequel nous courons est totalement rempli de ces témoins qui nous ont précédés dans la course, et qui ont remporté la leur !  Et ils sont tous là en train de regarder notre course, en train de constater si nous courons bien – ou justement, si nous nous laissons tenter par la fatigue, par les choses de ce monde, qui nous ralentissent ou nous font décider d’arrêter la course.

Tout comme n’importe quel athlète, le conseil nous est donné de « rejeter tout fardeau ». On ne verra pas un athlète courir avec plein d’affaires auxquelles il tient, dans un sac à dos, ou dans ses bras. On ne le verra pas non plus courir habillé comme tous les jours. Ce serait le moyen le plus sûr de perdre la course. Non, l’athlète s’allège, ôte tout ce qui peut le ralentir. Et, notez bien qu’il s’agit de nous défaire, tout d’abord, de tout ce qui peut nous ralentir – même les bonnes choses, des choses qui peuvent être utiles et même agréables, mais qui nous freinent, nous détournent, ou nous arrêtent dans notre course.

Même les gens les plus engagés peuvent se laisser piéger de la sorte – Paul dit bien qu’un des membres de son équipe, Démas, l’a quitté « par amour pour le siècle présent » (2 Tim 4.10), ce que ce monde pouvait lui offrir – de confort, de biens, de « tranquillité », ou encore autre chose. Paul dit clairement à Timothée que les richesses sont un piège, qui génère « une foule de désirs insensés et pernicieux, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ». Et les choses de ce monde sont un piège, pas seulement pour ceux qui les possèdent. Elles sont autant un piège pour ceux qui veulent les posséder, même s’ils ne les ont pas, car c’est cela, de la même manière, ce qui occupera leur temps, leurs efforts, leurs pensées !

Combien de chrétiens ne courent pas dans la course à laquelle le Seigneur les appelle, tout simplement parce qu’ils tiennent à leur confort, à leurs amis, à leur famille, etc. au lieu de payer le prix pour être un véritable disciple ? Considérons brièvement les paroles de Jésus à un homme qui se disait prêt à le suivre, en Matt 8.20 : « Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête ». Nous ne savons pas quelle était la réponse de cet homme, mais sommes-nous prêts à suivre quelqu’un qui n’a rien lui-même, et donc, rien, sur cette terre, à nous proposer dans l’immédiat ? L’appel à suivre le Seigneur, ce n’est pas un appel à recevoir plein de choses, ni même au bonheur sur cette terre. Comme l’a dit Dietrich Bonhoffeur, « Lorsque Christ appelle un homme, il l’appelle à venir mourir ».[1]

Si nous voulons franchir la ligne d’arrivée, nous devons aussi nous défaire du péché qui nous « enveloppe » si facilement. Martin Luther parlait du « péché qui s’accroche toujours à nous ». Comment faire cela ? Tant que nous sommes dans ce monde, nous allons continuer à pécher, certes. Mais nous devrions progresser dans notre sanctification, au lieu de rester dans les mêmes habitudes et difficultés que lorsque nous ne connaissions pas encore le Seigneur. Comme Paul l’a dit à Timothée, (en 1 Tim 4.15-16), il fallait que ses progrès soient évidents pour tous ! Sans prendre plus de temps pour approfondir cela, le Seigneur nous a donné tout le processus, tel qu’il le décrit en Éph 4.17-24 : Nous dépouiller de notre ancienne nature, être renouvelés dans notre intelligence par le Saint-Esprit, et nous revêtir de la nouvelle nature en Christ.  Ce n’est pas une idée « mystique », c’est très concret, car il s’agit de transformer notre manière de vivre, nos habitudes, soumettant nos pensées, nos désirs et nos actions à la volonté de Dieu. C’est ainsi que nous « courons », tous les jours !

Mais la question essentielle de ce passage, c’est « Comment finir la course » ? Le secret nous est surtout donné au v.2 : « les yeux fixés sur Jésus ». Pour nous aider à courir, pour nous encourager à persévérer, pour arriver jusqu’au bout de notre propre course, il nous est très utile de nous rappeler comment le Seigneur a lui-même fini sa course sur cette terre. Jésus n’était pas heureux à l’idée de souffrir, il n’avait nullement envie d’aller jusqu’à la croix. Mais, comme nous le lisons, il a « supporté la croix, méprisé la honte », parce qu’il avait les yeux sur ce qui l’attendait après la fin de la course – non pas une couronne de lauriers qui allait se faner et disparaître, mais la gloire de la majesté céleste, assis à la droite du Père !

En Hébr 12.2 l’exemple dont il est question, c’est à la fois la persévérance de Jésus, pendant sa vie sur cette terre, à aller jusqu’à la mort sur la croix, mais encore plus, là où sa persévérance l’a réellement mené – à la gloire du ciel, après sa résurrection ! C’est ce que nous souligne clairement la fin du v.2 : « Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu ». Nous lisons la conclusion qu’en tire l’auteur aux v.3-4 : « Considérez en effet celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre sa personne, afin que vous ne vous fatiguiez pas, l’âme découragée. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant contre le péché ».

Voyez-vous le lien direct, et l’application pratique ? Notre véritable combat – comme celui de Jésus – n’est pas contre des personnes, même ceux qui peuvent nous persécuter et nous faire mourir. Notre combat est contre le péché ! Vous sentez-vous souvent vainqueur, victorieux, en train de courir avec entrain ? Cela n’arrive peut-être pas souvent. Puis, vous vous dites peut-être « Je n’ai pas la même force de caractère, la même volonté que Jésus, je ne pourrai jamais subir tout ce qu’il a souffert ». C’est certainement vrai pour nous tous. Et pourtant, ce passage, et le v.2 surtout, doit être un grand encouragement pour chacun de nous ! Car le message essentiel, c’est la persévérance. Le vrai chrétien tombe encore dans le péché. Mais la différence, c’est qu’il peut se relever, regretter ce qu’il a fait, se repentir, et reprendre la course, ayant été lavé et pardonné par le Seigneur.

Qu’est-ce qui fortifie notre foi ? Comme pour n’importe quel athlète, c’est « l’entraînement », la mise à l’épreuve. Prenons le temps de lire encore un autre passage, sans commentaire, Rom 5.3-5 : « Bien plus, nous nous glorifions même dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la persévérance, la persévérance une fidélité éprouvée, et la fidélité éprouvée l’espérance. Or, l’espérance ne trompe pas, parce que l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ».

Qu’est-ce qui peut refroidir notre foi, faire disparaître notre espérance ? C’est justement le manque d’activité, tout comme un sportif perd sa forme s’il ne s’entraîne pas ! Au lieu de fuir les épreuves, osons-nous les affronter, parce que nous avons compris que Jésus a agi de cette manière, sur terre, et qu’il avait des épreuves bien plus grandes que les nôtres ? À quelques semaines de Pâques, il est utile de rappeler que l’exemple de Jésus, dans ses souffrances et sa mort (même si nous ne sommes pas appelés à expier le péché) doit nous pousser, nous aussi, à la persévérance, surtout lorsque les choses ne se passent pas comme nous le voudrions dans notre vie. Car Jésus a persévéré, et parce qu’il est non seulement mort, mais ressuscité, il est vainqueur, et nous le sommes avec lui !

Nous témoignons peut-être souvent de ce que Dieu fait dans notre vie, des réponses à la prière, sa provision, ses délivrances, son aide. Mais notre foi demeure-t-elle, est-ce qu’elle se fortifie, lorsque tout va de travers, que nous tombons malades, que nous souffrons, etc. ? Les soi-disant « défaites » dans ce monde sont peut-être, au contraire, nos plus grandes triomphes dans la foi, même si le monde en rit, nous méprise ou nous maltraite. Ce passage souligne la véritable perspective de la foi, et en quoi Jésus est réellement notre exemple d’une façon très pratique et tangible, pour nous encourager à la persévérance.

Dieu n’a pas promis de garantir les siens contre les épreuves que connaissent tous les hommes ; au contraire, il annonce plutôt des souffrances particulières pour ses fidèles. C’est l’avertissement que Jésus a donné aux disciples, c’est ce que Paul transmettait à ceux qui ont cru en Christ (voir par ex. Act 14.22). Fixer les yeux sur Jésus, c’est souligner que nous ne recevons pas forcément ce qui est promis sur cette terre. Par contre, nous avons l’assurance que Dieu ne change pas, qu’il ne nous a pas trompés, car nous voyons bien plus loin que cette terre – à Jésus, assis dans la gloire à la droite du Dieu tout-puissant.

En Hébr 12.1-4, Jésus est bien plus qu’un exemple ! Pour terminer, au lieu de parler de nos efforts, de notre force de volonté – même si nous sommes justement responsables de nos choix, et qu’en tant que chrétiens, nous devrions manifester la vie de Christ dans nos propres vies – considérons surtout, comme nous le dit ce passage, Jésus lui-même ! Jésus est plus qu’un exemple, premièrement, parce qu’il est, selon le v.2, l’auteur de notre foi. Le sens premier de ce mot, en grec, c’est celui qui va au-devant des autres pour tracer le chemin. Nous n’avons qu’à suivre le chemin qu’il a tracé – et c’est justement cela, croire en Christ, et ce qu’il a accompli pour nous sur la croix. Cela enrichit peut-être davantage le sens de ce qui est dit en Hébr 10.19-20 : « Ainsi donc, frères, nous avons l’assurance d’un libre accès au sanctuaire par le sang de Jésus, accès que Jésus a inauguré pour nous comme un chemin nouveau et vivant au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair ». Jésus a fait plus que tracer le chemin – il est le chemin, par la croix, sa mort et sa résurrection. Regarder à Jésus, c’est tout d’abord, croire en lui, en ce qu’il a fait pour nous sauver. Et c’est donc ensuite « marcher par la foi », en suivant son exemple, vivant en chrétien véritable dans notre style de vie.

Deuxièmement, si nous courons, notre confiance n’est pas dans notre propre force, mais c’est en Christ, car c’est lui qui a déjà rendu parfait, qui, nuance, « mène à terme » notre foi. Encore une fois, je souligne, d’après ce passage, que le véritable chrétien, c’est celui qui « va jusqu’au bout », car Jésus a promis de compléter l’œuvre qu’il a commencé en nous (Phil 1.6). Nous persévérons, à cause de ce que nous sommes – des chrétiens véritables – et non pas à cause d’une force de caractère ou d’une volonté supérieures aux autres ! C’est Christ en nous, l’espérance de la gloire ! Hébr 9.12 explique clairement que le sang de Christ, offert dans les cieux, nous a ouvert l’accès au ciel, et au Père, devant le trône de sa grâce ! Cela, parce que, par son sang, versé pour nous, nous avons été rendus « parfaits » en lui ! Mais c’est pour cette raison que nous devons être déterminés à achever la course, comme le dit aussi l’apôtre Paul : Phil 3.14 : « Je cours vers le but pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Christ-Jésus ». « Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection » (Hébr 12.1-2) !


[1] Citation de l’avant propos de G.K.A. Bell dans la version en anglais Cost of Discipleship, Macmillan Paperbacks, 1970, p.7.

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