1Pierre 4.7-11

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Imaginons, ce matin, que les autorités viennent nous prévenir, pendant le culte, d’un ordre d’évacuation pour toute la région lyonnaise, qui doit s’appliquer, sans aucune exception, au plus tard, demain matin. Que feriez-vous ? Est-ce que vous quitteriez le culte, pour commencer à organiser votre départ ? Est-ce que vous prendriez du temps pour aller voir tel ou tel voisin, ami, collègue ? Penseriez-vous peut-être à quelqu’un que vous connaissez qui n’a pas de voiture, pour proposer de prendre cette personne avec vous ? Quelles seraient vos priorités, dans une telle situation ? En tout cas, si c’était vrai, il est évident que personne ne continuerait comme si rien ne changeait, à se promener, à se détendre, sans rien faire pour préparer son départ ! L’urgence change toute notre perspective, n’est-ce pas ?

Pour clore cette série sur les dons et le service, j’ai choisi ce court passage en 1 Pierre, justement parce qu’il nous donne une perspective essentielle dans laquelle nous devons cadrer tout ce que nous faisons. Que dit Pierre, en effet, au v.7 ?  « La fin de toutes choses est proche » ! Ce n’est pas un ordre d’évacuation, mais Pierre souligne ce que nous devrions toujours garder en tête : Le retour du Seigneur est proche, avec tout ce que cela implique. Voilà le « cadre » dans lequel nous devrions vivre chaque jour, et voici donc aussi la perspective pour l’exercice de nos dons, pour notre service les uns envers les autres !

Pierre nous demande d’être « sensés et sobres », d’agir chaque jour à la lumière de la fin des choses. Car c’est justement la personne qui agit avec cohérence, par rapport à la réalité, qui est « sensé » (car l’insensé ne fait rien pour répondre aux besoins, pour se préparer aux échéances qui vont tomber, etc.). C’est le fait d’avoir une juste perspective qui nous garde « sobres » (mot qui souligne ici notre « circonspection », le fait d’agir de manière appropriée, avec sérieux, et de manière conforme aux circonstances).

Ainsi, selon Pierre, l’exercice de nos dons, dans le service, c’est dans la perspective de l’aboutissement des desseins de Dieu, « la fin de toutes choses », lorsque nous nous tiendrons devant le Seigneur dans la gloire. Voici pourquoi il est nécessaire, tout d’abord, de persévérer dans la prière, pour que le Seigneur nous aide à nous tenir prêts, pour ne pas avoir honte lors de son avènement. Comme nous l’avons vu dimanche dernier, avec la parabole des talents, c’est que nous aurons à rendre des comptes au Seigneur de ce que nous avons fait, de tout ce qu’il nous avait confié – donc, aussi, de la bonne utilisation de nos dons !

Pour le chrétien, la meilleure manière de nous tenir prêts pour l’avènement du Seigneur, c’est d’agir, dans notre quotidien, de manière à le glorifier, en le servant de tout notre cœur. Et Pierre résume les éléments de ce service dans ces quelques versets : notre comportement sensé et sobre, un amour « constant », persévérant, volontaire ; l’hospitalité « joyeuse », et l’utilisation de nos dons en vu du service, car, comme il termine, c’est ainsi que Jésus-Christ est glorifié !

Pierre nous dit quelque chose d’essentiel dans ce passage. Comme nous le savons bien, il ne suffit pas d’exiger un certain comportement, pour l’obtenir. Il n’est pas suffisant, non plus, de décrire le comportement voulu, en soulignant que c’est une obligation. Ce qui nous permet d’agir, de manière cohérente et efficace, dans n’importe quel domaine, ce sont surtout nos propres motivations, et non pas les directives et ordres que nous pouvons recevoir de quelqu’un d’autre.

Parce que la fin de toutes choses est proche, qu’est-ce qui compte réellement ? Ce ne sont pas les choses matérielles, ce n’est pas tellement le travail, nos projets, etc. non plus. Justement, comme lors d’une évacuation, la seule chose qui compte réellement, ce sont les personnes – en premier ceux que nous aimons, car nous voudrions être avec eux, les savoir aussi en sécurité, puis, nous voudrions prévenir ceux auxquels nous nous tenons également, n’est-ce pas ? Voici pourquoi, comme Pierre le dit, le cadre permanent, concret du service, c’est avant tout, l’amour. Ce qui compte, si nous sommes réellement chrétiens, ce n’est pas l’égoïsme, le fait nous préoccuper uniquement de nous-mêmes, mais l’amour qui se préoccupe des autres.

Vous avez peut-être encore en tête certains récits du naufrage de ce bateau de croisière au large de l’Italie – où certains, le capitaine y compris, ont apparemment agi uniquement pour « sauver leur peau », y compris en passant en force pour embarquer dans les canots de sauvetage. Mais il y avait d’autres personnes, et notamment, parmi des membres de l’équipage, qui ont agi pour le bien des autres, sans chercher uniquement leur propre « salut ». Combien plus, nous, chrétiens, nous devrions tout faire « avant tout », dans cette perspective « d’amour constant » les uns pour les autres ! Pierre dit quelque chose de très fort au v.8. Tout d’abord, il souligne que la priorité des priorités, pour le chrétien, sur cette terre, c’est la manifestation de l’amour – puisque c’est cela, la « marque du chrétien », d’après Jésus lui-même, comme nous le lisons en Jean 13.34-35 : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres ».

De plus, le qualificatif que Pierre rajoute à l’amour est très fort. La version Colombe a « constant », mais ce mot est traduit « ardent » dans la version du Semeur. Et le sens le plus clair de ce mot, c’est « intensément ». Comment est-ce qu’on aime de cette manière ? Le sens littéral est tiré du contexte sportif, car c’est le mot qui décrit comment agit l’athlète, c’est « être tendu », comme celui qui court les 100 mètres, et « se tend » en avant, en courant de toutes ses forces, pour franchir en premier la ligne d’arrivée.

Pour ce qui concerne l’amour, la « constance », « l’ardeur » de l’amour souligne que, s’il est « facile » d’aimer quand tout va bien avec les autres, c’est encore plus important de manifester l’amour lorsque quelqu’un nous a fait du mal. Car c’est ainsi que Dieu lui-même a manifesté son amour. Christ a prouvé l’amour de Dieu en venant mourir pour nos péchés lorsque nous étions encore pécheurs, et ennemis de Dieu. Couvrir les péchés, ce n’est donc pas fermer les yeux, les excuser, éviter d’en parler. Mais c’est justement aimer, malgré le mal, afin d’amener, dans l’amour, à la repentance et au pardon, et ainsi, le péché est non seulement pardonné, mais le fait de ne plus en parler le « couvre », même dans cette vie. Il est impossible à l’amour véritable d’ignorer le péché, le « cacher » dans le sens de refuser de le traiter. Mais l’amour véritable permet justement que le péché pardonné soit réellement « couvert » pour disparaître de notre vie. C’est ce qui rétablit une pleine communion entre les personnes, à cause de l’amour. C’est là où il manque un tel amour que tout mot, tout geste est scruté avec suspicion, chaque parole ou action risque d’être mal comprise, et qu’il y a abondance de conflits, plutôt qu’une croissance de communion dans l’amour ! Ce n’est pas du tout fortuit que le rappel de la nécessité de l’amour est fait dans le contexte de la mise en pratique des dons spirituels.

Puis, que nous en ayons le « don » ou non, Pierre rappelle qu’une des expressions les plus « gratuites » de l’amour, c’est l’exercice de l’hospitalité. Si notre idée de l’hospitalité, c’est bien le fait de recevoir chez nous des personnes qui ne sont pas de notre propre famille, cela ne se limite pas à l’idée de recevoir à table ou à loger des personnes. Le mot employé, c’est « l’amour de l’étranger » (φιλοξενον [philoxenon], le contraire donc de « xénophobe ») ! L’hospitalité, avant d’être une manifestation concrète de l’amour, dans l’accueil, est donc d’abord un état d’esprit – d’amour pour l’autre – qui se manifeste par un « accueil chaleureux », par le fait de donner de nous-mêmes, de laisser quelqu’un « envahir notre espace vital ».

C’est intéressant d’ailleurs que Pierre rajoute « sans murmurer » ! Cela souligne qu’il s’agit surtout de la disposition de notre cœur, et pas uniquement des faits concrets comme d’avoir des personnes de plus à notre table, ou qui sont reçues chez nous pendant un temps. Quand quelqu’un « débarque » chez nous, sans nous prévenir, quelle est notre réaction – que ce soit juste pour discuter, ou carrément pour rester chez nous un certain temps ? Tout en « exerçant l’hospitalité », il est très facile de râler (pour soi-même, sans le manifester devant l’invité), d’être contrarié, de se demander « sotto voce » quand cela va prendre fin, etc. Il est en effet possible de nous acquitter de nos « devoirs », de nous montrer, extérieurement, « hospitaliers », sans que le cœur y soit réellement, ce qui est donc en fait totalement dépourvu d’amour. De plus, nous pourrions être parfois surpris, car comme le souligne Hébr 13.2 : « N’oubliez pas l’hospitalité ; car en l’exerçant, quelques-uns, à leur insu, ont logé des anges » !

C’est également dans la perspective de l’urgence de la fin de toutes choses, et dans le contexte de la manifestation véritable de l’amour que Pierre « situe » l’utilisation de nos dons. Comme nous l’avons déjà vu, Pierre souligne que, par la grâce de Dieu, chaque chrétien a reçu au moins un don. Et, tout comme Paul (Voir Rom 12.6-7), Pierre les classe dans deux grandes catégories : les dons de parole et les dons de service.

Pierre souligne, puissamment, que nos dons spirituels ne sont pas des privilèges, mais des responsabilités qui nous sont confiées par Dieu pour édifier et encourager son corps, l’Église, et pour manifester la réalité de son amour au reste du monde. Et c’est lorsque nous utilisons nos dons, non pas pour « nous glorifier » ou attirer l’attention sur nous-mêmes, mais pour encourager, aider, fortifier les autres, que nous agissons en « bons intendants » de la grâce de Dieu, justement parce que cela prouve que nous vivons selon la grâce. Pierre rajoute qu’en plus, la mise en pratique de nos dons, dans le service, fait de nous des participants actifs de la grâce de Dieu, par ce que nous apportons aux autres ! Dans ce passage, Pierre ne cherche pas à détailler les dons, mais, conformément à la perspective donnée, souligne l’importance de les mettre « en pratique » dans cette perspective de la fin du monde, devant Christ.

Considérons donc les implications pour ces deux catégories de dons. Lorsqu’il s’agit de prendre la parole, Pierre dit que ceux qui parlent doivent peser leurs paroles, comme si toute parole qui sortait de leur bouche était « un oracle de Dieu ». Parlons-nous comme si toutes nos paroles étaient des « oracles de Dieu » ? (Ce n’est pas une invitation ouverte à prophétiser, Pierre nous encourage plutôt à mesurer nos paroles, pour que rien ne soit « en l’air », ni inutile). C’est encore le contexte qui nous aide à comprendre : Puisque la fin de toutes choses est proche, chacune de nos paroles devrait servir à tourner les regards vers Dieu, pour le salut, dans la grâce, à édifier, à encourager les autres, afin de nous préparer, nous aider, tous, à nous tenir en sa présence !

Sommes-nous « crédibles », en ce qui concerne nos paroles ? Pierre souligne ainsi que notre but, en tant que chrétiens, ne devrait pas être celui de donner notre propre avis, mais de dire aux autres ce qui est le conseil de Dieu, inspiré de la Parole. C’est cela, fondamentalement, l’exercice de tout don spirituel de parole. Il est si facile de nous appuyer sur notre propre sagesse, mais, parler en chrétien, c’est prendre le temps de demander à Dieu la sagesse, c’est prendre le temps pour connaître et comprendre sa Parole, pour annoncer ce qui est selon sa volonté, et non pas donner juste un conseil « avisé », ou notre propre opinion ! (Combien de dégâts nous pourrions éviter, si nous faisions vraiment attention à appliquer ces conseils de Pierre !)

Les dons de parole ne se limitent pas à la prédication et à l’enseignement, ni à la « prophétie », mais à toute parole qui peut être prononcée par un chrétien. Nous devrions manifester, tous, les « grâces de Dieu » dans nos paroles. Ce sont des ministères d’encouragement, de consolation, d’exhortation, etc. Quelques passages en Éphésiens soulignent la « bonne utilisation » de nos dons, dans la façon de nous parler les uns aux autres : Éph 4.29 : « Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole malsaine, mais s’il y a lieu, quelque bonne parole qui serve à l’édification nécessaire et communique une grâce à ceux qui l’entendent ». Éph 4.31-32 : « Que toute amertume, animosité, colère, clameur, calomnie, ainsi que toute méchanceté soient ôtées du milieu de vous. Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, faites-vous grâce réciproquement, comme Dieu vous a fait grâce en Christ ». Éph 5.3-4 : « Que l’inconduite, toute forme d’impureté, ou la cupidité ne soient pas même mentionnées parmi vous, comme il convient à des saints ; pas de grossièretés, pas de propos insensés, pas de bouffonneries, cela est malséant ; mais plutôt des actions de grâces ».

Lorsqu’il s’agit des dons « de service », c’est encore la même idée, exprimée d’une manière encore plus facile à comprendre : il ne faut pas « servir à contrecœur », ni « contraint et forcé ». Quel que soit le domaine, Dieu s’attend à ce que nous agissions dans cet amour constant, de tout notre cœur, mettant toutes nos forces, toute notre attention dans ce que nous faisons, pour le faire aussi « complètement » et aussi parfaitement que possible. Avec l’aide de Dieu, il faut agir pour plaire à Dieu, et faire du bien aux autres, non pas comme devoir ou exigence, mais parce que c’est ainsi que nous manifestons concrètement que nous vivons nous-mêmes selon la grâce de Dieu, et que nous arrivons à manifester cette même grâce dans ce que nous accomplissons pour aider les autres – ce qui sera à la gloire de Dieu !

Qu’est-ce que cela signifie ? Si nous avons la « bonne perspective » de l’imminence de l’avènement du Seigneur, nous allons agir, en nous appliquant à parler et à tout faire de tout notre cœur, ayant comme but principal de glorifier Dieu. Est-ce vraiment le cas pour chacun de nous ? Ou est-ce assez bas sur la liste de nos priorités ? Nous disons-nous que nous allons tout d’abord nous investir dans notre travail, gagner notre vie, puis, profiter du temps que nous passons avec notre famille, avec nos amis, prendre ensuite du temps pour nous détendre et nous amuser, pour dire ensuite, seulement, « s’il me reste en peu de temps ou d’énergie, je verrai ce que je peux faire pour servir l’Eglise, et servir en exerçant mes dons spirituels » ! Servons-nous le Seigneur avec « ce qui nous reste » ? Voici ce qui peut susciter une réflexion, et peut-être le besoin de réévaluer nos priorités et notre manière de faire et de vivre ! Car Pierre souligne que ce soit accompli « par la force que Dieu nous accorde » !

Lorsque nous agissons de cette manière, en prononçant chaque parole comme si c’était une révélation de Dieu (donc, le souci de la vérité, de l’amour, de la droiture, de l’encouragement de l’autre), ou que nous servons, « de toutes nos forces selon la grâce de Dieu », alors, l’attention est mise sur Dieu et son amour, et pas sur nous, et les louanges ne sont pas dirigées vers nous, mais vers le Seigneur, celui qui est à l’origine de nos dons, et qui manifeste ainsi sa grâce en et à travers nous !

Un dernier point. Nous pourrions être tentés de penser que, si nous mettons tout cela en pratique, si nous parlons comme si chaque parole était une révélation directe de Dieu, qu’il devrait avoir des foules qui viendront nous écouter. Cela ne risque pas d’arriver ! C’est pareil lorsque nous nous mettons à servir les autres. Ce n’est pas toujours le cas que même les frères et sœurs expriment leur reconnaissance pour ce que nous pouvons faire pour les aider. Il ne faut pas non plus s’attendre comme résultat que les autres, qui ne sont pas chrétiens, qui peuvent bénéficier de l’aide que Dieu leur apporte à travers nous se convertissent forcément, parce qu’ils ont été, par notre service, les objets de l’amour de Dieu ! Pierre souligne que nous n’agissons pas pour « faire grandir les rangs » de l’Église, ni pour que ceux qui reçoivent notre aide se tournent vers le Seigneur. Pierre nous rappelle que notre but véritable, en nous servant les uns les autres, c’est de glorifier Dieu. Et il est glorifié, qu’il y ait un résultat visible, immédiat, ou pas du tout ! De plus, c’est le Seigneur lui-même qui est responsable du résultat. Nous sommes appelés simplement à glorifier son nom en servant, de tout notre cœur, car c’est cela, être « de bons intendants » de la grâce de Dieu ! « À lui la gloire et la puissance, aux siècles des siècles » !

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