Psaume 96

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Un dimanche, en rentrant du culte, un garçon demanda à sa mère quel était le chiffre le plus haut qu’elle a pu atteindre en comptant. Surprise par une question aussi insolite, sa mère lui a répondu qu’elle ne s’en rappelait pas. Le garçon, tout fier, annonça que, lui, avait réussi à compter jusqu’à 5 372. Étonnée, sa mère lui a demandé pourquoi il s’était arrêté à un chiffre semblable.  Le garçon répondit : « J’ai arrêté de compter parce que c’est là que le culte s’est terminé ». J’ai des souvenirs, en tant qu’enfant de 6-7 ans, d’avoir compté les carreaux du plafond de la salle du culte, ou les tuyaux de l’orgue pendant certains cultes.

Mais il n’y a pas que des enfants pour s’ennuyer au culte. Si, pour certaines personnes, surtout des non-chrétiens, l’adoration peut paraître très ennuyeuse, l’adoration véritable est tout sauf cela ! Lorsque nous prenons conscience que nous nous tenons dans la présence du Dieu créateur de l’univers, qui est également intervenu dans les affaires de ce monde, en Jésus-Christ, et dans nos propres vies, pour nous apporter, en Christ, le pardon, le salut, la vie éternelle, et qu’il a fait de nous ses enfants, comment pouvons-nous être ennuyés ou indifférents ?

L’adoration véritable, c’est notre réponse à Dieu, ce qui est notre comportement « normal » lorsque nous nous tenons en sa présence. Nous ne pouvons qu’adorer Dieu, lorsque nous prenons conscience de sa grandeur, de sa puissance, de sa majesté de sa sainteté, et aussi de tout ce qu’il a fait pour nous. Pour commencer cette série sur l’adoration, considérons donc les éléments de l’adoration que nous trouvons dans l’Ancien Testament. L’adoration existe depuis la création du monde, et, si j’ose dire, même avant, si on tient compte de l’adoration des anges, et la manière dont toute la création reçoit l’invitation de louer Dieu, comme nous le constatons dans le Psaume 150.

Le mot français « adorer » vient du latin orare qui signifie « prononcer un plaidoyer, une formule rituelle, une prière ». Bien évidemment, la prière est un élément essentiel de l’adoration dans l’Ancien Testament. Un autre synonyme biblique de l’adoration, c’est justement « invoquer le nom de Dieu », dans la prière.

Mais, bibliquement, l’adoration, c’est beaucoup plus que cela. Dans l’Ancien Testament, le mot principal utilisé (שָׁחַח – chaHah), qui signifie s’incliner, se prosterner, se jeter face contre terre, apparaît plus de 170 fois. Ce mot évoque une marque de respect devant ses supérieurs – hommes ou Dieu. Ainsi, dans son sens le plus fondamental, adorer Dieu, c’est l’honorer, c’est reconnaître sa supériorité, en se prosternant devant lui. C’est donc reconnaître aussi notre propre place, en tant qu’êtres humains, créés par Dieu, et qui recevons tout de lui.

Même s’il y a d’autres expressions utiliser pour l’adoration, l’action de se prosterner sert de résumé global, comme cela est souligné à plusieurs reprises dans les livres de la loi. On peut lire, par exemple, en Ex 34.14 : « Tu ne te prosterneras pas devant un autre dieu ; car l’Éternel porte le nom de jaloux, il est un Dieu jaloux ». Lisons également Deut 11.16 : « Gardez-vous de laisser votre cœur être séduit en vous écartant, en rendant un culte à d’autres dieux et en vous prosternant devant eux ».

Toute la première partie du Ps 96 (v.1-6) souligne l’élément préalable et fondamental de l’adoration – la prise de conscience de la grandeur et la majesté de Dieu : « Car l’Éternel est grand et très digne de louange, il est redoutable, plus que tous les dieux ; car tous les dieux des peuples sont de faux dieux, mais l’Éternel a fait les cieux. L’éclat et la magnificence sont devant sa face, la puissance et la splendeur dans son sanctuaire ». Adorer Dieu, c’est la réponse normale, lorsque nous devenons conscients de la grandeur de son être, de sa puissance, de tout ce qu’il a fait dans nos vies.

La Bible présente l’adoration comme un devoir qui incombe à tous les hommes. C’est, par exemple, le premier des dix commandements : « Je suis l’Éternel, ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. Tu ne te feras pas de statue …. Tu ne prosterneras pas devant elles, et tu ne leur rendras pas de culte » (Ex 20.3-6). C’est un devoir, tout simplement parce que, en tant que Créateur, Dieu a le droit de recevoir, en retour, notre adoration. Lorsque nous sommes conscients de son existence, la réaction normale et logique, c’est de l’adorer.

Détaillons donc les éléments de l’adoration, tels que nous les trouvons dans l’Ancien Testament. Nous avons déjà vu que se prosterner devant Dieu, c’est l’honorer, confesser sa grandeur. Mais ce n’est pas le seul élément de l’adoration, même si c’est l’élément initial et principal. Dès les commencements du monde, Abel a offert les premiers-nés de son troupeau en holocauste à Dieu (Gen 4.4). Noé, Abraham et les autres patriarches ont construit, eux aussi, des autels pour adorer Dieu, invoquer son nom et lui offrir des sacrifices et des libations. Dans tous les exemples d’adoration, nous devons constater que c’est la réponse à une révélation de Dieu, et la manière de maintenir la communion avec Dieu. Ainsi, l’adoration est intimement liée à la foi, comme le souligne Hébr 11.6 : « Or, sans la foi, il est impossible de lui plaire ; celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent ».

De nombreux Psaumes sont des invitations et des appels à l’adoration. Dans la vie d’Israël, un jour sur sept – le sabbat – était réservé à Dieu, pour l’adoration et le repos des « affaires de ce monde ». Et, en plus de la condamnation de ceux qui se prosternaient devant d’autres dieux, une autre part importante du message des prophètes était une condamnation de la perversion de l’adoration, où les hommes respectaient extérieurement les rites et les rituels, mais où rien n’était « vrai », où il n’y avait pas le désir de rencontrer Dieu, ni de l’adorer. C’est en effet le danger de tout rite ou rituel, toute cérémonie ou culte. Comme nous le lisons en És 29.13 : « Le Seigneur dit : Ainsi quand ce peuple s’approche (de moi), il me glorifie de la bouche et des lèvres ; mais son cœur est éloigné de moi, et la crainte qu’il a de moi n’est qu’un commandement de tradition humaine ».

Comme éléments de l’adoration dans l’Ancien Testament, il y avait donc, surtout et tout d’abord, le sacrifice et les offrandes. De tous temps, l’homme ne peut pas s’approcher de Dieu tel qu’il est, sans sacrifice pour le péché. C’est la condition essentielle, depuis le péché d’Adam et Ève, pour pouvoir s’approcher de Dieu. Comme cela est résumé en Lév 17.11 : « … la vie de la chair est dans le sang. Je vous l’ai donné sur l’autel, afin qu’il serve d’expiation pour votre vie, car c’est par la vie que le sang fait l’expiation ». Nous l’oublions trop souvent, mais nous pouvons nous approcher librement de Dieu uniquement parce que Jésus s’est offert comme victime expiatoire pour nos péchés, et c’est son sang versé pour nous qui nous permet d’être en communion avec le Père, et nous tenir en sa présence pour l’adorer. Avant la venue de Jésus, tout adorateur devait s’approcher de Dieu par le sacrifice, en substitution, du sang de l’holocauste.

Un autre élément de l’adoration, ce sont les louanges. Dans cela, il y a, bien évidemment  les chants et la musique (comme l’invitation du Ps 96.1-2), car c’est presque toujours un reflexe automatique d’une manifestation de joie que de chanter et jouer de la musique, ou à défaut, de faire un « bruit joyeux ». C’est d’ailleurs vrai en général – il suffit de considérer les réactions des gens lorsque leur équipe a gagné, par exemple – les cris, les chants, les bruits et les klaxons, etc., sont des manifestations spontanées de joie.

Le Ps 96.7 souligne un autre élément essentiel de l’adoration dans l’Ancien Testament : « Familles des peuples, rendez à l’Éternel, rendez à l’Éternel gloire et puissance ! Rendez gloire au nom de l’Éternel ! Apportez des offrandes, entrez dans ses parvis ! » Dans une telle perspective, apporter une offrande à l’Éternel, c’est moins une « obligation » (comme la dîme), qu’une expression de la grandeur de Dieu ! Plus quelqu’un était grand et puissant, plus il fallait l’honorer en apportant des cadeaux dignes de son rang. Pour ne citer qu’un seul exemple, nous lisons en 1 Rois 10.10, qu’en venant lui rendre visite, la reine de Saba a apporté comme cadeaux à Salomon « … 120 talents d’or, une très grande quantité d’aromates et des pierres précieuses. Il n’arriva plus autant d’aromates que celles que la reine de Saba donna au roi Salomon ». Même de nos jours, pour honorer un chef d’état, les dignitaires d’autres nations qui lui rendent visite lui donnent des choses magnifiques. Et en commentant certains cadeaux, nous utilisons parfois encore l’expression « cadeau royal », exactement dans ce même sens, pour souligner la grandeur et la valeur du cadeau offert. Ce qui est important à souligner, c’est qu’il est dit à plusieurs reprise dans l’Ancien Testament que « l’on ne se présentera pas devant l’Éternel les mains vides ».[1] Dieu est un grand Dieu, le Tout-Puissant, et nos offrandes sont une manière de le montrer – ou d’insulter Dieu, si ce ne sont que des « restes », comme le souligne le prophète Malachie : « Maudit soit le perfide qui a dans son troupeau un mâle et qui voue et sacrifie au Seigneur une bête mutilée ! Car je suis un grand roi, dit l’Éternel des armées, et mon nom est redoutable parmi les nations » (Mal 1.14).

Puisque, sous l’ancienne alliance, l’adoration s’exprimait essentiellement par des actes et des gestes rituels le danger existe d’attacher trop de valeur à l’aspect cérémoniel au détriment du spirituel. Ceux qui prennent à cœur l’invitation du Ps 96.9 sauront éviter un tel écueil : « Prosternez-vous devant l’Éternel, avec des ornements sacrés. Tremble devant lui, terre entière ! » Vos Bibles ont peut-être une note de bas de page sur ce verset, car une meilleure traduction serait, en effet « prosternez-vous devant l’Éternel, dans la beauté de la sainteté ». C’est-à-dire, ceux qui adorent Dieu le font « en raison de la beauté de sa sainteté » ! L’élément essentiel dans l’adoration, c’est l’état du cœur, pas le rituel extérieur !

L’adoration est, surtout et essentiellement, la réponse d’une personne lorsqu’elle rencontre Dieu. C’est pourquoi, pour terminer, j’aimerai considérer, rapidement, quelques exemples d’adoration assez « insolites ». Ces passages soulignent combien l’adoration véritable est surtout une réponse à une rencontre personnelle avec Dieu. Parmi de nombreux exemples, prenons tout d’abord celui de Moïse, lorsqu’il est monté sur Horeb pour recevoir de Dieu les dix commandements. Nous lisons en Ex 34.5-8 : « L’Éternel descendit dans la nuée, se tint là auprès de lui et proclama le nom de l’Éternel. L’Éternel passa devant lui en proclamant : L’Éternel, l’Éternel, Dieu compatissant et qui fait grâce, lent à la colère, riche en bienveillance et en fidélité, qui conserve sa bienveillance jusqu’à mille générations, qui pardonne la faute, le crime et le péché, mais qui ne tient pas le coupable pour innocent, et qui punit la faute des pères sur les fils et sur les petits-fils jusqu’à la troisième et à la quatrième génération ! Moïse s’empressa de s’incliner à terre et de se prosterner… ». Tout d’abord, noter la répétition : Moïse s’incline à terre et se prosterne. Nous devons ainsi comprendre, par la tournure, que Moïse s’est incliné à terre, et qu’il a adoré Dieu. Et, en effet, comment ne pas répondre, par l’adoration, lorsque nous saisissons le sens de l’Être divin, dans sa manifestation de grâce, de pardon, de miséricorde et de fidélité !

Comme deuxième exemple, prenons celui de Josué, juste avant la bataille pour prendre Jéricho. En Josué 5, Israël avait déjà traversé le Jourdain, et le premier « verrou » à faire sauter dans la conquête du pays, c’était Jéricho, une grande ville fortifiée. En Jos 5.13-15, alors que Josué réfléchissait sur la manière d’attaquer la ville, il se trouve face à un homme, l’épée à la main. Lorsque celui-ci s’identifie comme « chef de l’armée de l’Éternel », la réponse de Josué est de tomber le visage contre terre et se prosterner. Une fois de plus, la répétition signifie qu’en se prosternant, Josué adore cette personne, qui est, selon toute logique, une « théophanie », une manifestation du Seigneur dans l’Ancien Testament, puisqu’aucun ange n’accepte l’adoration d’un homme. C’est à la fois une déclaration forte de Josué de sa soumission au « chef véritable de l’armée de l’Éternel », mais c’est également de l’adoration. Josué témoigne ainsi de sa reconnaissance pour la provision de Dieu, il est comblé par cette grâce de Dieu, par cette confirmation que c’est Dieu lui-même qui agit, qui est le véritable chef de l’armée dans la conquête de la terre promise ! La prise de conscience de la provision et de l’aide de Dieu, de sa fidélité à ses promesses, suscite comme réaction immédiate l’adoration de Josué.

Considérons ensuite l’exemple de l’adoration de Gédéon, probablement le plus insolite. Pour situer le contexte, Dieu a appelé Gédéon comme juge et chef de l’armée d’Israël pour combattre Madian. Mais Dieu réduit l’armée de Gédéon à uniquement 300 hommes. On peut imaginer les pensées et les hésitations de Gédéon avant la bataille. Pour le rassurer, Dieu lui dit de faire une petite visite, sous couvert de la nuit, dans le camp ennemi. Gédéon obéit, malgré tout ce que cela représente de totalement insensé. Et, lorsqu’il entend, à travers la tente, l’interprétation d’un rêve donné à l’un des soldats ennemis, quelle est sa réaction ? Nous lisons en Juges 7.15 : « Lorsque Gédéon eut entendu le récit du rêve et son explication, il se prosterna, revint au camp d’Israël et dit : Levez-vous, car l’Éternel a livré entre vos mains le camp de Madian ». Gédéon n’a pas attendu d’être revenu derrière les lignes d’Israël. Là, au milieu du camp ennemi, il se prosterne devant Dieu pour l’adorer, il est tellement ému et comblé par la révélation que Dieu lui a donnée ! C’est sa réponse immédiate, ignorant tout danger. C’est ensuite seulement qu’il rentre au camp, pour mettre en route l’attaque, selon les plans que Dieu lui avait donnés.

Terminons par un dernier exemple. Vous savez probablement tous, après son adultère avec Bath-Chéba, la confrontation du péché par le prophète Nathan, et sa confession, que Bath-Chéba a donné naissance à un enfant, qui est mort comme jugement de Dieu sur ce péché. Après l’annonce du décès de l’enfant, la réaction de David a étonné tout le monde. Car pendant la maladie de l’enfant, il a pleuré, jeûné, prié. Mais une fois l’enfant mort, nous lisons en 2 Sam 12.20 : « Alors David se leva de terre. Il se lava, se parfuma et changea de vêtements ; puis il alla dans la maison de l’Éternel et se prosterna. Il alla ensuite dans la maison et demanda qu’on lui serve de la nourriture et il mangea ».

David était dans le deuil, puisque l’enfant est mort. Mais que fait-il, en priorité ? Il se rend « présentable » pour aller à la maison de Dieu, pour adorer l’Éternel. David souligne ainsi, par un tel comportement, qu’il accepte la souveraineté de Dieu, y compris dans la douleur et la peine du jugement, et qu’il le glorifie, il l’adore ! C’est seulement ensuite qu’il rompt son jeûne. David a compris la même chose que Job, lorsque ce dernier a tout perdu : « Alors Job se leva, déchira son manteau et se rasa la tête, puis, se jetant par terre il se prosterna et dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (Job 1.20-21). Adorer Dieu, c’est reconnaître sa suprématie sur tout dans nos vies, c’est mettre notre vie entre ses mains, et le glorifier, quelles que soient les circonstances !

Comme nous l’avons vu, le point de départ, l’élément essentiel de l’adoration, c’est confesser la grandeur et la majesté de Dieu, c’est le reconnaître tel qu’il est lorsque nous nous tenons en sa présence. Que nous puissions tous adorer ainsi le Seigneur, en affirmant de tout notre cœur l’affirmation du Ps 96.10-13 : « Dites parmi les nations : l’Éternel règne ; aussi le monde est ferme, il ne chancelle pas ; l’Éternel juge les peuples avec droiture. Que les cieux se réjouissent, et que la terre soit dans l’allégresse, que la mer retentisse, avec tout ce qui la remplit. Que la campagne exulte, avec tout ce qui s’y trouve, que tous les arbres des forêts lancent des acclamations devant l’Éternel ! Car il vient, car il vient pour juger la terre ; il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa fidélité ». En effet, comme le dit aussi le Ps 50.23 : « Celui qui, en sacrifice, offre la reconnaissance me glorifie, et à celui qui veille sur sa voie je ferai contempler le salut de Dieu » !


[1] Voir Ex 23.15 ; Ex 34.20 ; Deut 16.16 ; et aussi le fait que David ne voulait pas offrir à Dieu ce qui ne lui a rien coûté (2 Sam 24.24).

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