Jacques 4.13-17

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Un professeur de l’université de Harvard, dans un discours sur Christophe Colomb, a noté trois choses au sujet de sa découverte de l’Amérique. Premièrement, dit-il, lorsqu’il quitta l’Espagne, il ne savait pas où il allait. Deuxièmement, lorsqu’il est arrivé dans le Nouveau Monde, il ne savait pas où il était – puisqu’il croyait être arrivé en Inde ! Troisièmement, lorsqu’il est rentré pour rendre compte de son voyage au roi Ferdinand, il ne savait toujours pas où il avait été. Et le professeur a rajouté, pour terminer, que Christophe Colomb a fait tout cela avec de l’argent emprunté à d’autres !
Savons-nous où nous allons en ce commencement d’une nouvelle année ? Quelqu’un a justement dit que, si vous ne savez pas où vous allez, vous finirez certainement par arriver quelque part ailleurs ! Considérons, ce matin, nos aspirations, nos projets, pour cette nouvelle année qui commence. C’est un moment approprié pour méditer sur nos perspectives, nos aspirations et où nous allons dans la vie. C’est surtout là qu’il est important de souligner le constat de notre texte de ce matin, en Prov 19.21 : « Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de pensées, mais c’est le dessein de l’Éternel qui s’accomplira ».
Le passage dans l’épître de Jacques que nous venons de lire n’enseigne pas qu’il ne faut pas fixer des objectifs. L’erreur que nous pouvons commettre dans ce domaine, ce n’est pas dans les projets en eux-mêmes, mais de fixer des objectifs sans tenir compte de la volonté de Dieu. Pour le chrétien, il est possible de commettre deux erreurs graves lorsqu’il s’agit de fixer des objectifs ou planifier nos projets. La première, c’est justement de planifier comme si nous étions capables de tout réaliser, sans tenir compte de nos faiblesses ou des imprévus. La deuxième, certainement aussi grave, c’est de ne rien planifier du tout, dans un état d’esprit « super spirituel » pensant que c’est ainsi que nous restons sensibles à la volonté de Dieu, à la direction du Saint-Esprit. Considérons ces deux erreurs ce matin, afin de pouvoir faire des projets qui glorifieront le Seigneur.
Traitons tout d’abord l’erreur qui semble la plus spirituelle – de ne rien planifier sous prétexte que c’est ainsi que nous restons sensibles à la direction du Saint-Esprit. Une telle façon de faire, aussi bien intentionnée et « spirituelle » que cela puisse paraître, est une erreur assez grave, et manifeste une incompréhension de la façon dont Dieu agit dans nos vies. Nos sentiments et nos impressions ne sont pas de bons guides pour être dirigés par l’Esprit de Dieu. Un exemple très clair, qui contredit clairement une telle façon de faire, c’est l’exemple de Jésus lui-même, dans sa prière dans le jardin de Gethsémané. Le Seigneur n’avait nullement le sentiment de vouloir mourir sur la croix. Mais, comme il l’a dit dans sa prière, il a subordonné ses propres sentiments à la volonté du Père. S’il avait écouté ce qu’il ressentait, il ne serait jamais allé jusqu’à la croix. Considérez, justement sa conclusion (en Matt 26.39) : « … Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! Toutefois, non pas comme je veux, mais comme tu veux ».
Tout au long de sa vie sur cette terre, au lieu de se laisser guider selon ses sentiments, Jésus a cherché à accomplir la volonté du Père, qui était pleinement décidé, avant même la création de ce monde (voir 1 Pi 1.19-20, qui affirme que Jésus « … a été désigné d’avance, avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous »). La Bible annonce clairement que Jésus est venu dans le monde afin de nous racheter de nos péchés, par sa mort sur la croix, afin d’accomplir la volonté de Dieu. Et le Seigneur a donc soumis ses sentiments à la volonté du Père, à une volonté qui avait été clairement planifiée. Le témoignage des Évangiles, c’est justement que Jésus s’est conduit, tout au long de son ministère terrestre, en vue de l’aboutissement de son œuvre, sur la croix ! Et nous ne pouvons pas dire qu’il était insensible à la voix de l’Esprit, ou que ses projets n’étaient pas dans la volonté de Dieu, parce qu’il les avait planifiés !
Une autre erreur très répandue, c’est de croire que l’Esprit nous dirige de manière spontanée – c’est-à-dire, que nous ne sommes pas dirigés par l’Esprit lorsque nous prenons le temps de planifier une action. C’est aussi une grave erreur. Si Jésus, les apôtres et Paul ont tous planifié l’orientation de leurs vies, nous ne pouvons pas dire que l’Esprit ne dirige pas, lorsque nous planifions. La différence entre les projets que Jacques critique dans ce passage, et une planification selon la volonté de Dieu, c’est le fait de nous montrer sensibles à la volonté de Dieu, et, si nécessaire, comme Paul, de changer de direction lorsque l’Esprit l’indique. Nous trouvons un exemple très concret de cela en Act 16.6-10 : Nous lisons que l’Esprit avait empêché Paul d’annoncer l’Évangile en Asie Mineure. Alors, Paul a projeté d’aller vers le nord-est, vers la Bithynie, et là aussi, le Seigneur lui a fait changer de direction. Et, comme nous le savons, Paul est ensuite passé en Macédoine. Il y a beaucoup d’exemples d’hommes très spirituels, qui ont pourtant planifié scrupuleusement leurs actions. C’est presque toujours le cas. L’idée de « se laisser diriger par l’Esprit » en évitant de choisir, nous-mêmes, une direction, relève davantage du paganisme et les transes des chamans que d’une véritable spiritualité chrétienne.
Permettez-moi une illustration de la bonne manière de rechercher la volonté de Dieu. Si nous nous asseyons, en disant que nous nous mettrons en route lorsque Dieu nous aura révélé sa volonté, nous allons rester assis pendant très longtemps. C’est lorsque nous avançons, que Dieu peut diriger notre route. Ou, si vous voulez une autre image, celui qui est à la barre d’un navire a beau tourner la barre dans tous les sens ; s’il est à quai, cela ne change nullement l’orientation du navire. Par contre, une fois que le navire à quitté le port, le navire s’oriente selon la direction donnée à la barre. C’est la même chose avec nos vies. Et, tout comme un navire où le barreur se laisse aller au gré des vents et des marées, il ne risque pas d’arriver là où il veut, mais le navire fera bien plus probablement naufrage !
Il est d’ailleurs assez intéressant de noter que Paul utilise la même image pour parler de notre maturité spirituelle, en Éph 4.14 : « Ainsi, nous ne serons plus des enfants flottants et entraînés à tout vent de doctrine, joués par les hommes avec leur fourberie et leurs manœuvres séductrices ». Dans le contexte, aux versets qui précèdent ce constat, c’est justement quand chaque chrétien se met au service des autres frères et sœurs, trouvant sa place active dans la famille de Dieu, l’Église, que toute l’Église arrive à cet état de maturité. Pour pouvoir servir, agir, il faut savoir où l’on va, et ce qu’il faut faire pour y arriver. Et cela nous est assez clairement indiqué dans la Parole de Dieu. Ce n’est pas une question de savoir comment nous nous sentons, si nous avons envie de « bouger » ou non, mais c’est le fait d’obéir à l’appel et aux exhortations du Seigneur, dans sa Parole !
Passons maintenant à ce que Jacques dit aux gens qui agissent comme s’ils étaient, eux, en total contrôle de tout ce qui se passe. Agissons-nous de cette manière ? Pour le savoir, posons-nous la question de savoir comment nous réagissons lorsque nos projets ne se déroulent pas comme nous l’avons prévu. Nous mettons-nous en colère, nous obstinons-nous, tout simplement pour « sauver la face », en faisant, malgré tout, ce que nous avons décidé, même lorsque cela devient évident que ce n’est pas la bonne voie ?
Dans ce passage, Jacques s’adresse tout particulièrement à la personne qui a uniquement en vu ses propres projets, pour lui rappeler ce qu’il est, comme nous le lisons en Jacq 4.14 : « Vous qui ne savez pas ce que votre vie sera demain. Vous êtes une vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît ». Ainsi, Jacques cherche à faire « atterrir » celui qui se croit aussi puissant que Dieu, lui rappelant qu’il suffit de si peu – un coup de vent, par exemple – pour qu’il disparaisse. Comme nous venons de le voir, Jacques ne nous interdit pas de faire des projets – mais il nous enseigne comment le faire dans la bonne perspective – tenant compte de la souveraineté de Dieu, et de sa volonté, plutôt que de nous croire souverains et invincibles ! Dans ce passage, Jacques critique l’arrogance, la présomption de l’homme qui oublie ce qu’il est. Le v.15 souligne qu’il est juste, légitime et même important de faire des projets – mais dans l’humilité, et non pas selon l’orgueil de notre chair. Car il est essentiel de soumettre tous nos projets à la volonté de Dieu.
Jacques reproche à ces personnes d’évacuer Dieu de leur vie professionnelle. Ils choisissent en fonction d’eux-mêmes et de considérations purement commerciales : le moment propice, où ils vont aller, la durée de leur séjour, ce qu’ils vont faire, et leur objectif final, qui est de se faire un bon profit. Mais dans la tournure, nous constatons tout d’abord que formuler des projets d’une telle manière ne tient pas compte des imprévus possibles, ni l’idée que les projets peuvent échouer, et qu’au lieu de faire un grand profit, qu’il est également possible de faire faillite. Cette attitude hautaine, qui dit ouvertement, ou qui agit tout comme si c’était le cas, manifeste l’état d’esprit d’être le seul maître à bord de sa vie, ou, comme l’a dit le poète anglais William Ernest Henley, dans les deux dernières lignes de son poème Invictus : « Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme ». Jésus lui-même nous montre combien une telle perspective est insensée, dans sa parabole d’un homme d’affaires, en Luc 12.16-20, où le Seigneur souligne combien il était insensé, n’ayant fait aucune provision pour son âme, malgré sa grande réussite matérielle.
Considérons les raisons avancées par Jacques dans les v.14-16. Premièrement, au v.14, Jacques souligne une évidence que nous avons tous tendance à oublier : nous ne savons en rien ce qui va arriver demain. Alors, prédire ce qui sera le résultat d’une année d’efforts relève de la présomption, et non pas de la sagesse. Comme il est écrit en Prov 27.1, « Ne te félicite pas du lendemain, car tu ne sais pas ce qu’un jour peut enfanter ».
Deuxièmement, dans la perspective de l’histoire de ce monde, et encore plus, dans la perspective de l’éternité, comme le dit Jacques, l’homme n’est qu’une « vapeur qui paraît pour un peu de temps, et qui ensuite disparaît ». Comme Blaise Pascal l’a si bien dit, lui aussi, « L’homme n’est qu’un roseau le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer…. »
Jacques termine cette réflexion par quelques conclusions percutantes. Prenons le temps de relire les v.15-17 : « Vous devriez dire, au contraire : Si le Seigneur le veut, nous vivrons et nous ferons ceci ou cela. Mais maintenant vous vous glorifiez dans votre présomption. Toute gloriole de ce genre est mauvaise. Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché ». Jacques nous encourage à ne pas nous montrer présomptueux et orgueilleux, en soumettant nos projets à la volonté de Dieu. Bien évidemment, il ne suffit pas d’accoler un « Dieu voulant » à toutes nos phrases. S’il est important de le dire, il est plutôt essentiel d’appliquer cet état d’esprit à notre manière d’agir. Si nous croyons vraiment en Dieu, et que nous voulons faire sa volonté, nous ne devrions jamais nous lancer dans un projet quelconque uniquement pour satisfaire à nos propres désirs, mêmes spirituellement. Le Seigneur souhaite vraiment que nous lui soumettions tout ce que nous faisons, pour inclure, dans notre vision, sa volonté. Jacques ne dit nullement que ceux qu’il critique ici sont malhonnêtes, qu’ils s’enrichissent de manières injustes. Il s’adresse aux croyants. Le problème est quand même grave, car agir sans tenir compte de Dieu, de sa volonté, de notre manque de contrôle sur les résultats et la situation dans le monde est tout de même un péché grave, car il s’agit du péché d’orgueil.
Agir d’une telle manière, c’est agir comme n’importe qui, alors que les autres n’ont ni foi, ni connaissance de la volonté de Dieu. Le chrétien devrait être la personne la plus lucide et conscient des incertitudes de la vie sur cette terre, mais aussi celui qui agit avec le plus de hardiesse, puisqu’il est également conscient que Dieu règne, que le Seigneur accomplira toute sa volonté, et que personne ne pourra l’en empêcher, lui.
Est-ce vraiment cela, notre perspective, lorsque nous faisons des projets ? Comme nous l’avons déjà vu, planifier n’est pas contradictoire avec notre foi. Au contraire, si nous planifions en soumettant tout au Seigneur, c’est là que nous pouvons avancer avec la plus grande confiance, car, même là où nous pouvons nous tromper, nous pouvons nous attendre à ce que Dieu change notre direction, pour accomplir sa volonté dans notre vie, et aussi, que nos projets réussissent ou se révèlent être un échec, nous pouvons accepter que Dieu en sera glorifié !
Trop souvent, nous avons plutôt envie de « faire notre propre volonté, comme si c’était celle de Dieu ». Combien de fois fonçons-nous, selon nos envies, désirs et projets, plutôt que d’être certains de la volonté de Dieu. Et, lorsque cela donne des résultats catastrophiques, nous mettons le blâme sur Dieu !
Considérons, un instant, le v.17 : « Si quelqu’un sait faire le bien et ne le fait pas, il commet un péché ». Si on peut appliquer ce principe à beaucoup de situations, Jacques le place dans ce contexte bien ciblé de nos projets par rapport à la volonté de Dieu. Cela change-t-il votre perception du péché ? Jacques nous dit, très clairement, qui si nous formulons des projets sans tenir compte de la volonté de Dieu, sans l’humilité de dépendre réellement sur lui pour leur réalisation, nous sommes dans le péché !
Il ne s’agit pas de ne plus faire de projets. Il s’agit, en tant que chrétien, de le faire dans la perspective d’œuvrer avec Dieu, soumettant nos projets à sa volonté, et manifestant une foi très concrète , selon ce qu’affirme notre texte de Prov 19.21 : « Il y a dans le cœur de l’homme beaucoup de pensées, mais c’est le dessein de l’Éternel qui s’accomplira ».
En conclusion, terminons par les paroles de quelqu’un qui a très bien appris cette leçon, et qui nous donne une prière pleine d’espérance, selon la fidélité et la grâce de Dieu, pour tout ce qui va arriver dans cette nouvelle année. Lisons la prière de Moïse, à la fin du Ps 90.12-17 : « Enseigne-nous ainsi à compter nos jours, afin que nous conduisions notre cœur avec sagesse. Reviens, Éternel ! Jusques à quand… ? Aie pitié de tes serviteurs ! Rassasie-nous dès le matin de ta bienveillance, et nous serons triomphants et joyeux en toutes nos journées. Réjouis-nous autant de jours que tu nous as humiliés, autant d’années que nous avons vu le malheur. Que ton œuvre apparaisse à tes serviteurs, et ta splendeur sur leurs fils ! Que la tendresse du Seigneur, notre Dieu, soit sur nous ! Affermis pour nous l’ouvrage de nos mains, oui, affermis l’ouvrage de nos mains ! »
Bonne année, selon toutes les richesses de la grâce de notre Seigneur, et à la gloire de son nom !

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